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Quelle posture adopter pour l’entreprise de demain ?

Par Sophie Raimbault-Mutel

22 07
De plus en plus nombreuses au sein des entreprises, les femmes managers ouvrent la voie à une autre manière de diriger, porte-paroles de valeurs dites féminines qui font de plus en plus d'adeptes, y compris chez leurs homologues masculins. Car dans un contexte économique turbulent et incertain, où les yoyos et ruptures de carrière sont annoncés, développer l’empathie, la flexibilité, ou encore la capacité à explorer d’autres terrains, sont des compétences de plus en plus valorisées. En quoi le leadership « au féminin » peut-il être un atout pour sortir de la crise ? Plusieurs consultants d’Act’rmc nous dévoilent leur vision des aptitudes qui pourraient être « mises à l’épreuve » pour créer de la valeur aujourd’hui, et encore plus demain...

Rappelons tout d’abord qu’il ne s’agit pas, dans cet article, de faire l’éloge de la femme, ni d’opposer les qualités féminines à celles dites masculines. « Je pense qu’il y a bien des qualités de type féminin ou masculin, mais ce ne sont pas forcément d’un côté les femmes et de l’autre, les hommes qui les portent », commente une consultante en Ressources Humaines chez Act’rmc. « Les spécificités du leadership au féminin se situent sur des dimensions comme l’empathie, l’écoute, le souci des autres, la capacité à créer du lien. Mais ces qualités n’excluent pas les hommes. D’ailleurs, j’ai un ami entrepreneur qui dit toujours que, pour lui, la qualité essentielle d’un bon dirigeant est l’écoute. Car être à l’écoute permet de garder un temps d’avance. Par atavisme, les femmes sont souvent à l’écoute des autres, de leur environnement social, car elles ont été élevées dans l’idée de prendre soin des enfants, de la famille. Les femmes sont aussi beaucoup dans l’entraide : souvent, elles appellent leurs copines pour trouver des solutions. Alors que les hommes sont élevés dans le Sois fort. » 

D’une stratégie de guerre à une logique coopérative

En cinquante ans, le paysage de l’entreprise a changé : on y compte de plus en plus de femmes. Pour autant, « le référentiel culturel du management reste masculin », note cette consultante en Ressources Humaines. « Les modèles entrepreneuriaux sont calqués sur des schémas guerriers, comme l’explique très bien le paléoanthropologue Pascal Picq ». « Lors de ma première expérience commerciale, mon supérieur hiérarchique m’a dit : Tu sais Michel, les clients, il faut les rouler »,  raconte amusé Michel Cezon, aujourd’hui coach spécialisé en entrepreneuriat. « J’ai tout de suite su que ce boulot n’était pas pour moi car je n’ai jamais adhéré à l’Art de la Guerre. Pour moi la relation commerciale, c’est avant tout une relation humaine. On n’achète pas le produit mais la personne qui est derrière. »
Notre consultante RH partage cet avis : « Dans la relation commerciale, une personne qui fonctionne dans le féminin ne cherche pas à vendre pour vendre. Elle se projette dans la relation à long terme qui génère de la confiance. Elle n’est pas dans une logique de compétition, mais de collaboration. » Laurent Cilote, ingénieur spécialisé dans les télécoms médias, observe quant à lui des « stratégies théâtrales » mises en place pour s’adapter à l’entreprise d’aujourd’hui, avec « des masques » que les gens mettent le matin et enlèvent plusieurs fois par jour : « Nous sommes dans une société où l’on valorise plus le paraître que l’être. Du coup, il y a beaucoup d’erreurs de castings qui génèrent de gros problèmes de performances ». Des stratégies contre-productives d’après lui, dues à un déficit d’indicateurs : « Beaucoup de gens ont oublié pourquoi ils travaillent et quels sont les objectifs de l’entreprise. Pour moi, tout commence avec des indicateurs de climat social. Il faut savoir comment fonctionnent les hommes et les femmes pour savoir comment exploiter leurs talents. Et c’est à l’entreprise d’en prendre conscience pour mieux définir ses objectifs ». 

Savoir donner un cap malgré le brouillard

Michel Cezon renchérit : « Le management est un concept créé dans les années 1800 qui a très peu évolué. Aujourd’hui, il est nécessaire de le repenser pour le remettre à sa juste place. Et si on s’inspirait de modèles comme celui de Vineet Nayar, l’ex-PDG indien du géant de l'informatique HCL Technologies, qui a bouleversé les règles du management en redonnant le pouvoir aux employés ? Pour réussir à inverser la pyramide organisationnelle, il est impératif de créer une culture du changement, centrée sur la confiance réciproque entre managers et employés. D’après ce que j’observe en coaching, une des particularités féminines est sa capacité de remise en question », poursuit Michel.  « Une femme pense généralement qu’elle pourrait faire mieux. Cette remise en cause permanente, associée à sa capacité à s’ouvrir, à s’adapter et à appréhender plus facilement un environnement complexe, sont des valeurs sûres dans notre société de l’impermanence. »
Pour notre consultante RH, «les femmes, peut-être plus intuitives, ont une vision stratégique qui permet d’emmener les gens, donner un cap et apporter de la sécurité dans l’incertitude.  Sur les problématiques managériales que j’ai accompagnées », poursuit-elle, « je me suis aperçue qu’il y avait surtout un problème de cadre, une perte de repères. Or, le cadre et les repères permettent le lien. La motivation est là quand on a un chef bienveillant, qui communique la vision du haut et montre le chemin. Plus on évoluera dans des entreprises où les gens s’écoutent et se respectent, mieux ça marchera. » Et Laurent ajoute : « Un homme qui sait où il doit aller et comment il doit le faire est bien plus productif. D’ailleurs, de grandes entreprises comme Google, Microsoft ou Apple reviennent à ces stratégies-là pour créer une sorte de bonheur dans l’entreprise » !

Créer une entreprise au service de la société

« Une chose me surprend chez certaines femmes entrepreneures que je croise », s’exclame Michel, « elles remercient leur conjoint pour le support qu’il leur a apporté dans l’aventure entrepreneuriale. J’ai rarement entendu un homme dire ça, alors que chez une femme, c’est spontané ! Je suis aussi frappé par un autre aspect : ces femmes ont une vision humaniste de l’entreprise. Elles veulent apporter quelque chose à la société, changer le monde. La notion d’ego semble hors-sujet ». Les femmes managers seraient donc plus humanistes, préférant fédérer autour d’ambitions communes plutôt que de passer par un leadership autoritaire ? On constate en effet que l’éducation des femmes ne les incite pas à s’intéresser autant que les hommes au pouvoir et au caractère honorifique d’un poste à responsabilités. Davantage focalisées sur les résultats à délivrer que sur elles-mêmes, elles se disent aussi plus intéressées par l’équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle. « Attention, il y a aussi des exceptions ! De nombreuses femmes, pour réussir leur carrière, ont dû occulter leur part féminine et adopter des comportements masculins », note la consultante RH. « Mais la plupart savent concilier leurs différentes vies, ce qui les rend aussi plus agiles ». 
Quant aux hommes, ils ne sont pas en reste sur le sujet : «Travailleur indépendant depuis 2005, je cherche un CDI pour gagner en sécurité, car je ne vis pas ma carrière professionnelle sereinement aujourd’hui. Pour autant, je ne suis pas prêt à faire le sacrifice de ma vie personnelle », confie Laurent Cilote. « J’ai envie d’atteindre la sérénité, mais je cherche aussi la qualité des missions, l’ambiance de travail, etc. Mon moteur n’est pas l’argent mais l’enthousiasme, la satisfaction de me dépasser. J’aspire à faire des choses plus grandes que ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui sur le plan humain, même si c’est à salaire égal. Depuis le début de ma carrière, je place la valeur humaine au-dessus de la technique ».

Elever son niveau de conscience

Etre conscient de certaines différences dans la manière d’exercer sa mission, son management et les analyser permet de s’approprier des valeurs ajoutées. Michel l’a compris très jeune : au cours d’un séjour en Asie, il a découvert le bouddhisme, empreint de respect, tolérance et compassion. Depuis, cette recherche de spiritualité lui a ouvert l’esprit et guide sa relation aux autres. Lorsqu’il travaillait à l’INRIA, il a observé des chercheurs aux idées brillantes qui n’arrivaient pas à faire décoller leur entreprise. Il ne s’agissait jamais d’un problème technique, mais d’un problème humain : « Les gens pensent que si l’idée est géniale, leur boîte va décoller, mais rien ne peut se faire sans la capacité à porter l’idée. » Aujourd’hui, Michel accompagne des hommes et femmes entrepreneurs pour les aider à savoir qui ils sont vraiment : « L’intention, la motivation et les valeurs sont plus importantes que l’idée elle-même ! Et le projet de l’entreprise doit être réinterrogé en permanence. Si on monte une boucherie alors qu’on est végétarien, ça ne peut pas marcher… »
Pour s’en sortir aujourd’hui, Laurent estime qu’il faut savoir se remettre en question régulièrement. «Il y a quelque chose de permanent dans ma posture depuis plusieurs années : je saisis toutes les opportunités qui se présentent. J’évite les postures statiques, il y a plein de chemins possibles. Le portage salarial fait d’ailleurs partie de ma boîte à outils. L’analyse transactionnelle et la PNL m’ont également permis d’élever mon niveau de conscience, d’ouvrir une réflexion sur moi-même, ce qui a changé mon attitude professionnelle. Les individus sont de plus en plus agiles et se remettent beaucoup en question. Malheureusement, en temps de crise, les entreprises ont tendance à se crisper ». Notre consultante RH croit elle aussi en la capacité de changement de l’individu : « De nombreux pas en avant se font aujourd’hui sur l’initiative d’individus. Mais il faut aussi demander à ceux qui gouvernent quelles sont leurs valeurs : qu’est-ce que je mets derrière la notion de management et comment je fais grandir mes collaborateurs ? L’entreprise de demain s’appuiera sur des gens qui ont envie d’évoluer, des gens qui ont souffert du manque de sens. Les chartes d’entreprise qui ne seront pas incarnées par leurs managers ne marcheront pas. C’est une question de prise de conscience. »

Savoir jouer l’alter ego

Au final, le leadership au féminin est-il un atout pour sortir de la crise ? Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est que les mutations de la société et la mondialisation de l'économie amènent à des transformations dans la manière de manager les équipes : le besoin de plus de respect, la recherche de sens qui s’accentue encore avec l’arrivée des nouvelles générations, la nécessité de créer des méthodes collaboratives, de développer la créativité, l’intelligence émotionnelle… Toutes ces composantes facilitent le développement de nouvelles formes de management qui remettent l'humain au cœur de l'entreprise.
N’oublions pas également que, sur le plan biologique et physiologique, chaque individu porte en lui des qualités féminines et des qualités masculines. Bien utilisées, celles-ci développeraient chez ces personnes une réelle posture de leader. Le manager de demain sera donc un être complet, conjuguant à la fois exigence et bienveillance, cultivant son yin et son yang. Il devra savoir adapter sa posture selon la situation, ou mieux, être multi-postures ! « Act’rmc est une structure où on a mis en avant l’écoute et la communication. Or aujourd’hui, Act’rmc porte autant d’hommes que de femmes, ce qui montre bien que ces valeurs parlent aux deux sexes », rappelle la consultante RH. « La complémentarité des approches est très porteuse. Une récente étude démontre que les comités paritaires sont les plus performants. Preuve que la diversité fait la richesse ! » Ces nouveaux modes de leadership sont pour nous l'opportunité de réunir et équilibrer des valeurs masculines et féminines dans les pratiques managériales, de devenir une source de valeur ajoutée et d’innovation dans un nouveau modèle de management mixte