Nos portés ont du talent

Philippe Souêtre s’engage pour rendre le Sénégal autonome en matière d’énergie !

Par Sophie Raimbault-Mutel

15 12
Philippe Souêtre, enseignant technique dans le domaine de l'énergie, intervient en portage salarial auprès de l'Ecole des Métiers de l'Energie Paul-Louis Merlin, une école privée du Groupe Schneider Electric créée en 1929. Issu du milieu pédagogique, engagé dans diverses associations, et sensibilisé au développement durable, il n’y avait plus qu’un pas à franchir pour Philippe avant d’intégrer un projet porté par la Fondation Schneider Electric, dont la vocation est de contribuer au développement des hommes et des sociétés via l’appui à la formation professionnelle dans les métiers de l’énergie dans les pays en développement. Et c’est donc à travers l’ONG Schneider Electric Teachers qu’il a participé, l’été dernier, à une initiative de formation professionnelle au Sénégal, tout près du Lac Rose. Récit d'une aventure qui l'a "touché aux tripes"...

Philippe enseigne aujourd’hui à l’Ecole des Métiers de l’Energie Paul-Louis Merlin. Il est également formateur pour l’Institut Supérieur de la construction. Question pédagogie, il en connaît un rayon… Mais avant d’être derrière un pupitre, Philippe était avant tout un homme de terrain, dirigeant pendant 15 ans son entreprise de génie climatique. Au fil des années, la problématique du développement durable et de la fracture énergétique est devenue une évidence pour lui… Alors, lorsqu’il entend parler de l’action de la Fondation Schneider Electric, qui œuvre dans des zones défavorisées et sans accès à l’énergie, il n’hésite pas un seul instant à s’engager à ses côtés pour mettre sa pierre à l’édifice...
 

Un engagement bénévole auprès de Village Pilote au Sénégal

Loin de l’image de carte postale, Philippe part donc pour la première fois l’été dernier, en tant que bénévole, pour réaliser un audit au Sénégal auprès de l’ONG Village Pilote, une structure locale qui œuvre au quotidien auprès des enfants errant dans les rues de Dakar... Certains enfants, éloignés de leurs racines familiales, essentiellement pour des raisons religieuses, rejoignent en effet la capitale où ils sont généralement confiés par leurs parents à des familles d’accueil pour y trouver un avenir meilleur. Dans les faits, quand certains enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes, des fléaux comme la drogue, la maltraitance ou la mendicité peuvent les mettre en danger. Village Pilote en récupère donc un certain nombre et déploie tous ses efforts pour protéger et stabiliser ces jeunes, ainsi que pour faciliter leur insertion professionnelle par le biais de l’alphabétisation, la formation et les stages professionnels. Le centre d’accueil, basé près du Lac Rose, est entièrement construit par les jeunes eux-mêmes dans le but de leur apprendre les différents corps de métier par le biais d’ateliers et de chantiers écoles, notamment : maçonnerie, menuiserie bois et métallique, maraîchage et électricité. Et c’est bien sûr dans ce cadre qu’est intervenu Philippe... 

Permettre aux jeunes d’entretenir une installation photovoltaïque

« Mon rôle sur place était d’évaluer le niveau des élèves - particulièrement faible - et de construire un cours pour leur permettre de rentrer dans une sorte d’autosuffisance : éclairer le centre, alimenter la chaîne du froid, le système de pompage pour arroser les cultures… L’EDF local n’a pas la capacité d’alimenter l’ensemble du pays, surtout les campagnes reculées ! J’ai donc passé 3 jours avec les enfants et les enseignants pour voir ce que je pouvais apporter puis 2 jours au cœur du pays pour mieux appréhender le contexte », explique Philippe. « Aujourd’hui au Sénégal, il existe peu d’écoles qui tiennent la route dans la formation à l’électricité. Et tout le monde n’a pas accès à l’école. La Fondation Schneider Electric a accompagné Village Pilote dans le développement d’un cursus en électricité du bâtiment, permettant d’acquérir les compétences de long terme nécessaires à la pratique du métier en toute sécurité ». De retour en France après une semaine, Philippe a rédigé un projet de cursus de formation des formateurs sénégalais : « Montage photovoltaïque autonome ». Toute la difficulté réside dans la capacité à vulgariser au maximum, car les cours doivent être accessibles à des élèves de niveau CAP.  Le deuxième volet portera sur la mise en route, la maintenance et l’entretien d’une installation photovoltaïque. Un travail plus facile à réaliser selon Philippe, car plus proche de ce qu’il fait actuellement avec ses élèves ! 

Apporter ses compétences à des populations défavorisées

Philippe espère bien retourner au Sénégal pour travailler sur le troisième volet, qui sera l’étude de dimensionnement, c’est-à-dire, comment mesurer les besoins si j’ai une maison ou un village entier à électrifier. Car si c’était la première fois qu’il tentait l’expérience, il en est certain, ce ne sera pas la dernière ! « Humainement, ce type d’expérience remet les choses en perspectives. Cela permet de se rendre compte de problématiques qu’on ne comprend pas vu d’ici, la situation est bien plus complexe que l’information qu’on nous diffuse… Le Sénégal est le 20ème pays le plus pauvre du monde et les besoins vitaux, comme boire, manger et s’habiller, ne sont même pas comblés. Pourtant, sa population est très jeune et dynamique et l’apport de l’électricité partout dans ce pays serait une révolution ! L’éclairage des écoles, des dispensaires, de la mosquée, de la place du village après 18h pour que l’activité économique continue, tout cela est devenu vital pour que le Sénégal trouve un équilibre », souligne Philippe. «J’ai vraiment envie de poursuivre mon action.  J’aimerais accompagner le cursus que j’ai rédigé. Il sera utilisé aussi en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, avant d’être traduit en anglais pour être utilisé dans les pays d’Afrique de l’Ouest, etc. » Et Philippe d’ajouter : «  Je vais là-bas pour apporter quelque chose… Et que faire de mieux qu’apporter sa propre compétence ? »

Diffuser les valeurs de l’humanitaire auprès du plus grand nombre

« Le fait de vivre, ne serait-ce qu’un court instant, aux côtés de ces populations aide à prendre encore plus conscience des choses, sans remettre en question pour autant ce que nous avons… Pour moi, participer à une telle aventure donne du sens à son quotidien. Personnellement, ça m’a nourrit dans mon travail quotidien, a fait naître des idées, voire, a suscité des vocations chez mes collègues ! L’Ecole cherche actuellement une solution pour faire participer les lycéens à des projets d’électrification dans le cadre d’actions humanitaires... En tout cas, j’aimerais diffuser cette idée à mes élèves, leur permettre de s’enrichir de cette vision de la vie que nous avons perdue… Leur donner de la hauteur de vue permet de ne plus s’attacher à des détails. Il existe de nombreux besoins pour lesquels on peut apporter ses compétences, et pas seulement en électricité. On peut contribuer sur différents terrains, tels que la communication, la gestion, etc. L’important est de ne pas faire du one shot mais que les projets prennent de l’importance… C’est vrai que j’ai eu la chance de partir dans des conditions favorables et encadrées grâce à la Fondation Schneider Electric. Mais en se rapprochant d’une ONG, il est possible d’intégrer de nombreux programmes sur un plan sécuritaire »,  conclut-il. Une chose est sûre : pour Philippe, l’histoire ne fait que commencer…
©Crédits Photos Schneider Electric Teachers  – Village Pilote