Echos du réseau

Le Groupe Recherche et Prospective poursuit son «chemin»

Par Sophie Raimbault-Mutel

24 09
Constitué d’une dizaine de personnes au départ, le Groupe « Recherche et Prospective », rebaptisé "Travail et prospective, la société civile cherche", compte aujourd’hui 6 membres actifs. Mais qu’est-ce qui animent les membres de ce groupe, plus de trois ans après sa création ? Nous les avons interrogés au cours de l’une de leur rencontre mensuelle pour en savoir plus…
 
« Nos recherches et réflexions sont guidées par l’idée que le vieux monde est en train de mourir et qu’il faut inventer de nouvelles formes de travail, faire bouger les choses à notre niveau dans la société civile », explique Gérard Lavaud. « L’enjeu est de faire évoluer les représentations du travail, de permettre aux individus de changer de regard grâce à un nouvel éclairage », confirme Emmanuelle Blanc-Frison, interviewée par téléphone, celle-ci n’ayant pu se rendre disponible pour la réunion. Bien… Le fil conducteur de ces réunions commence à se dessiner dans notre esprit. Mais concrètement, comment se passe une réunion de travail ? « Nous ne savons pas forcément à l’avance de quoi nous allons parler. Nous partons parfois d’apports théoriques, par exemple sur les neurosciences, la sociologie, etc. Ce socle culturel commun qui se créé progressivement nous nourrit, nous permet de monter en conscience sur les questions de fond. Mais ensuite, nous faisons notre propre sauce », révèle Muriel Passaro. « Les objectifs émergent au fur et à mesure de nos rencontres. Ce groupe est un peu un laboratoire de recherche, d’expérimentation. Rien ne résiste à l’entraînement ! », renchérit Ariane Mandray. « Tout devient matériau pour apprendre à transformer les changements en opportunités  », ajoute Valérie Peyron. Devant notre air perplexe, Ariane développe : « Dans le fonctionnement même du groupe, nous expérimentons plusieurs choses : le leadership tournant, les composantes relationnelles… Nous étudions aussi les processus à travers le vécu du groupe. Lors de la défection de certains membres, nous avons pu analyser notamment les étapes de croissance de la vie d’une équipe. »

L’engagement est aussi une question de posture

À ce sujet d’ailleurs, qu’est-ce qui explique que certaines personnes quittent le groupe, alors que d’autres restent « engagées » ? Est-ce la présence physique aux réunions qui entrent en jeu ?  « Ce n’est pas seulement la régularité qui fait le lien, mais plus la qualité de la relation et l’implication », commente Emmanuelle Blanc-Frison. « Je me suis éloignée géographiquement et ne peux plus assister à toutes les réunions. Pourtant, le lien perdure. Avec ce groupe, la confiance est installée, on se dit les choses et nous avons formalisé des règles de fonctionnement explicites, travaillé sur nos valeurs et sur l’identité du groupe. Le leadership est articulé autour de principes simples et clairs. Pour être engagé, il faut aligner ses actes sur ces principes. » Pour Valérie Peyron, l’engagement est en effet plus une question de posture : « Une personne qui ne peut être là physiquement, mais qui respecte le groupe et participe activement à l'action collective, reste reliée. L’engagement peut se situer à différents niveaux. Il y a quelque chose de l’ordre de la géométrie variable, avec l’adaptation à la réalité du groupe. La bienveillance et le soutien vis-à-vis des autres membres font partie du processus d’expérimentation. » Et lorsque nous demandons à Emmanuelle quel est son secret pour pérenniser ce lien, elle nous répond : « Quand je peux assister aux réunions, j’ai confiance en l’émergence : je me laisse beaucoup d’autorisation, je laisse le champ libre pour toujours apprendre quelque chose et voir ce que cela va produire. Et le reste du temps, je m’implique en envoyant des informations par mail, des commentaires, etc. »

Créer le climat de confiance qui rend possible l’engagement

De son côté, Gérard précise : « Ce qui explique la longévité de ce groupe, c’est le climat de confiance qui règne entre nous. Nous nous retrouvons dans un environnement dans lequel chacun se sent à l’aise avec les idées et le projet porté par le groupe. Il ne sert à rien, en définitive, de prêcher l'engagement au sein d’un groupe si l'on n'a pas, dans un premier temps, créé le contexte qui le rend possible. »  « Le chemin est tracé en avançant, il n’est pas prédéfini, ce qui peut être déstabilisant pour certains », analyse Ariane. « Ceux qui restent sont ceux qui n’avaient pas d’objectif business au départ et qui sont en phase avec cette idée que la qualité du chemin est une fin en soi. En acceptant de partager, on accepte de faire face à des incertitudes et de les transformer en opportunités. En travaillant ensemble, on accompagne notre propre mouvement intérieur, ce qui contribue à se bâtir une sécurité intérieure. »

Vers un engagement citoyen

« Ce qui nous motive encore aujourd’hui, c’est l’envie de partager quelque chose de positif avec les gens. Nous faisons partie d’une aventure qui va au-delà de nous-mêmes, qui tend vers l’engagement citoyen », souligne Valérie Peyron. Justement, une question se pose : comment ces réflexions et recherches sont-elles partagées avec le reste de la société ? « L’idée n’est pas de transmettre un savoir, mais de faire réfléchir et de réfléchir avec les gens autour de cette question : comment choisir plutôt que subir dans ce contexte de crise ? Comment co-construire, d’égal à égal, en tant que citoyen, et non en position d’expert », répond Valérie. « En 2010, notre groupe a entièrement organisé  une conférence au sein de la communauté RH Ecobiz de la CCI, sous forme d’atelier participatif, sur la thématique Le travail autrement, pour quoi, pour qui, comment ? À cette époque, nous étions 8 intervenants et nous avons proposé 8 façons différentes d’aborder les choses. Le public a très bien réagi ! Mais nous nous sommes rendu compte que nous n’étions pas agiles en fonctionnant ainsi : la préparation de cette conférence s’est étalée sur un an et il a été difficile de trouver une date commune aux 8 membres », note Gérard. « Il y a eu un temps de flottement après cette conférence. Un tour de table a fait ressortir que ce n’était pas le moment de se remettre un challenge. Depuis, nous avons pris la décision de moduler nos interventions en fonction des opportunités qui se présentent, de ce qui peut être entendu ou pas. Nous ne nous obligeons plus à intervenir tous ensemble, mais nous évaluons qui est l’interlocuteur le plus adapté », poursuit Muriel. Le groupe est en effet intervenu, par l’intermédiaire de Robert Guinet et Muriel Passaro,  lors d’une table ronde organisée à l’occasion des « 20 ans d’Impulsion », association de cadres en recherche d’emplois, sur le thème Prenons conscience des changements, laissons-nous guider par nos talents. Un partenariat fondé sur des valeurs et une vision partagées, a également été établi avec « Cowork in Grenoble », nouvel espace de coworking. Robert Guinet est d’ailleurs intervenu pour l’inauguration des bureaux, le 21 mai dernier, sur le thème Prenons conscience des changements. « L’envie de poursuivre cette aventure humaine et cette recherche-action reste intacte.», nous dit Valérie. Souhaitons donc longue vie à ce groupe, qui n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin…