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Et si l’économie responsable était facteur de performance économique ?

Par Sophie Raimbault-Mutel

22 05
Pour faire face à la globalisation et aux évolutions du marché, l’entreprise doit s'adapter aux mutations actuelles pour rester économiquement viable, économe en ressources naturelles et énergétiques, respectueuse de son capital humain et éthique d'un point vue business et sociétal. La Responsabilité Sociétale et Environnementale, plus communément appelée RSE, est devenue un enjeu majeur pour les entreprises de toutes tailles. De nouveaux métiers et de nouvelles formes d’accompagnement émergent ces dernières années, venant enrichir la boîte à outils des dirigeants. Zoom  sur 3 consultants d’Act’rmc qui œuvrent à leur manière pour une économie à la fois plus responsable et performante, en aidant les entreprises à se transformer et à repenser leur business.

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) se définit comme la façon dont les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales et économiques à leurs valeurs et à leurs prises de décisions, pour créer de la richesse et améliorer leurs performances. Les enjeux pour les TPE-PME sont multiples : coût et maîtrise de l’énergie, déchets, identification des parties prenantes, achats responsables… Une approche qui nécessite des changements techniques et culturels, générant de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, de nouvelles spécialisations.
 

Vers l’émergence de nouveaux métiers

Afin de répondre aux récentes évolutions normatives, le contour des métiers existants se modifie progressivement et, en parallèle, de nouveaux métiers apparaissent. La chasse au gaspillage d’énergie notamment est devenue une affaire de spécialistes et les experts de l'efficacité énergétique ont le vent en poupe, comme le confirme le baromètre des emplois de la croissance verte et du développement durable.  Une activité en devenir d’après Clémence Janin, Ingénieur Gestion des Energies, ex-portée-salariée Act’rmc : « Les métiers de l’efficacité énergétique sont assez récents, malgré la préoccupation grandissante des entreprises pour ce sujet. Les mœurs commencent doucement à changer mais nous sommes seulement au début de tout ce qu’il y a à faire… Mais avec la récente Directive européenne 2012/27/UE, qui concerne les entreprises de plus de 250 salariés ayant réalisé un chiffre d’affaires hors taxe annuel de plus de 50 millions d’euros ou un total de bilan de plus de 43 millions d’euros, le métier devrait se développer. L’approche consiste à instaurer de nouveaux systèmes de management de l’énergie pour diminuer les consommations et donc, les coûts », explique Clémence. « Les missions sont variées, allant de la collecte d’informations au pilotage des chantiers d’installation de nouveaux compteurs, en passant par les achats responsables, l’analyse des mesures, la sensibilisation du personnel, etc. Ce métier est très polyvalent et nécessite de comprendre les process, de maîtriser l’architecture électrique des sites pour pouvoir affiner les analyses des consommations par zone, par usage et par activité, mais aussi de travailler avec le service Finance pour comprendre les dépenses liées à l’énergie », poursuit-elle.

L’efficacité énergétique concerne les entreprises de toutes tailles

L'efficacité énergétique, c'est aussi beaucoup d'audit. Ainsi, la nouvelle norme ISO 50001, qui récompense les entreprises dotées d'un système de management énergétique performant, requière des consultants spécialisés. « J’ai été embauchée fin 2015 par le Groupe Gérard Perrier Industrie pour répondre aux besoins des clients en termes de diagnostics énergétiques, mais aussi pour mettre en place un système de management de l’énergie pour deux sociétés du groupe, ce qui a abouti à deux certifications ISO 50001 », confirme Clémence. « Mon expérience dans un groupe français, pionnier en matière de certification ISO 50001, les a particulièrement intéressés. Grâce aux audits énergétiques réalisés sur les sites industriels, des sources d'optimisation financières sont systématiquement identifiées ». Pour autant, l’efficacité énergétique ne s’applique pas uniquement aux grands groupes industriels : « Ce métier consiste aussi à travailler sur l’existant et à l’améliorer », précise Clémence. « Une PME peut analyser ses consommations et trouver des axes de progression. Par exemple, elle peut optimiser sa consommation d’énergie en faisant uniquement de petits travaux, comme changer les luminaires, optimiser les consommations de chauffage et de climatisation avec des systèmes de programmation et de régulation, ou installer des variateurs de vitesse sur ses machines industrielles. Une étude peut permettre d’identifier qu’il est préférable de laisser une machine industrielle tourner à régime réduit pendant la pause déjeuner, au lieu de l’éteindre et de créer un pic de consommation lorsqu’on la rallume. Et surtout, une PME peut agir en sensibilisant les occupants du bâtiment aux petits gestes du quotidien : éteindre l’ordinateur en partant le soir, les lumières, baisser d’un degré la consigne du chauffage, fermer les fenêtres quand la climatisation fonctionne… L’efficacité énergétique est l’affaire de tous ! »

Un accompagnement dédié aux entrepreneurs en situation de fragilité

Bien entendu, entrer dans une démarche RSE ne se limite pas au seul volet environnemental. C’est sur le volet sociétal que Nicolas Toussaint, consultant et coach chez Act’rmc, a choisi quant à lui d’agir. Il a créé « Rebondir », un service d’accompagnement des entrepreneurs en situation de fragilité, conçu pour soutenir l’action des organismes qui travaillent auprès d’exploitants agricoles, artisans ou professionnels indépendants fragilisés (tribunaux, banques, chambres consulaires, conseils généraux, coopératives, etc). Et ce n’est pas en tant que spécialiste que Nicolas intervient, il revendique au contraire son profil « généraliste » : « J’ai constaté que dans une situation de fragilité, ce n’est pas l’approche d’un technicien qui est importante, c’est la capacité d’écoute, de prise de contact et d’analyse globale qui sont déterminantes. Dans ce milieu, il y a beaucoup de spécialistes mais finalement, un généraliste capable d’agir à la fois sur le plan humain et analytique est une compétence rare. La spécificité de ma démarche tient en 4 grandes lignes : une analyse technico-économique globale, un travail d’écoute expérimenté auprès de ce public, une approche créative due à la pratique du clown et du théâtre, et des outils liés à ma certification en coaching. Dans les situations de fragilité, les 4 sont importantes et complémentaires, elles viennent se nourrir les unes et les autres pour offrir une vision globale. » 

Responsabiliser tous les acteurs pour ancrer durablement les solutions

L’idée de cet accompagnement est née de son travail auprès des agriculteurs, la catégorie socio-professionnelle qui connaît le plus fort taux de suicide : « Cette profession est très exposée face aux questions des marchés mondiaux, de la chute des cours, de l’isolation géographique, mais aussi du fait qu’il y ait peu de distinction entre vie privée et vie professionnelle. Dans un monde économique complexe, une personne ou une TPE qui connaît une fragilité a tendance à s’isoler et à suivre une pente naturelle… Cela peut être une lente descente : des dettes qui se creusent, l’arrêt de l’entreprise… Mon objectif n’est pas d’intervenir en tant que pompier, mais plutôt d’ancrer durablement les solutions. C’est pourquoi je sollicite l’ensemble du réseau de l’entrepreneur pour rompre l’isolement. Le but est que l’entrepreneur, homme ou femme, puisse trouver lui-même les ressources nécessaires et reprendre les commandes, soit pour exercer sereinement son activité, soit pour rebondir vers autre chose. » 

Expérimenter de nouveaux modèles fondés sur la création de valeur partagée

Si certains organismes financent ce type d’accompagnement, la clé d’entrée reste généralement la volonté de l’entrepreneur qui hésite souvent à franchir le pas, perplexe quant aux bénéfices qu'il pourrait en retirer. Pourtant, d’après Nicolas, le cercle est vertueux pour chaque partie prenante : « Récemment, un agriculteur me disait que si on avait réussi à travailler plus tôt ensemble, son problème aurait pu se régler à l’amiable et éviter de nombreux frais de justice. » Pour Nicolas, les organismes ont un rôle majeur dans la détection de ces situations de fragilité : « Lorsqu’une personne me dit « Je rencontre beaucoup de difficultés avec ma banque, je n’en peux plus… », il faut être à l’écoute pour réussir à régler le problème de fond. Si ces difficultés s’ancrent dans le temps, elles génèrent une sorte de contamination dans les relations commerciales qui se propage à l’ensemble des partenaires.  Alors qu’en intervenant très en amont, on peut éviter que la fragilité ne devienne une difficulté insoluble, plus longue et coûteuse à solutionner. Une intervention appropriée permet à chacun de gagner du temps et de l’argent : par exemple, au lieu de passer du temps  à surveiller ses clients et leurs comptes en banque, le banquier pourra se concentrer sur des tâches à valeur ajoutée, comme la création de nouveaux projets

L’économie responsable, un formidable levier de mobilisation !

Quelle que soit leur taille, les entreprises qui s’engagent pour une économie responsable en retirent de multiples bénéfices. C’est également l’avis de Sébastien Barasinski, Ingénieur de formation, qui a débuté sa carrière comme cadre chez STMicroelectronics avant de créer, en 2013, le cabinet de conseil AD LIMINA, spécialisé en levée de fonds et mécénat : « L’entreprise a tout intérêt à s’impliquer gratuitement auprès de structures locales dans des actions d’intérêt général. La philanthropie contribue à renforcer son ancrage local et constitue un puissant vecteur d’image : elle devient facteur d’attractivité au niveau des actionnaires, qui s’intéressent de plus en plus aux placements éthiques, mais aussi au niveau des jeunes cadres à haut potentiel qui intègrent ces questionnements dans leur recherche d’emploi. Elle constitue également un outil fort de fidélisation et de mobilisation interne, rassemblant les salariés autour d’un projet commun. Des salariés fiers de leur entreprise et du rôle sociétal qu'elle assure s'investissent avec beaucoup plus de force. C’est un moyen d’incarner les valeurs de l’entreprise, de les rendre vivantes ». Même constat pour les collectivités territoriales qu’il accompagne : « Face à la diminution des dotations de l’Etat, les collectivités sont aujourd’hui amenées à diversifier leurs recettes et à se tourner vers le mécénat. En plus de générer des ressources, le mécénat permet aux habitants de réinvestir les projets de proximité, au lieu de subir une augmentation des impôts. Il constitue donc pour les collectivités un formidable levier de mobilisation citoyenne ».

Conjuguer sens et performance

Membre actif de l'Association Française des Fundraisers, Sébastien Barasinski  a pour rôle d’aider les entreprises ou organismes non marchands à réfléchir sur leur politique de mécénat, ou sur la pertinence de créer une structure ad hoc (fonds de dotation, fondation) : « Nous définissons ensemble le modèle sur lequel s’appuyer, ou les types de projets à soutenir. Faut-il mieux prioriser le mécénat de compétences en lien avec le cœur de métier de l’entreprise pour porter un projet d’intérêt général, à l’instar de la Fondation Artelia ? Ou au contraire partir de la communauté humaine, en soutenant par exemple une association qui accompagne le cas particulier d’un salarié (enfant trisomique, maladie orpheline, etc.) ? Quel que soit le projet porté par l’entreprise, c’est une excellente opportunité pour elle de faire du réseau, une façon de tisser des liens avec ses salariés, les acteurs locaux, les municipalités, les responsables politiques… Donc une nouvelle façon de faire du business ». Pour Sébastien, il est intéressant d’observer comment se créée cette dynamique. Car derrière ces actions, il y a toujours un homme ou une femme : « Lorsqu’on donne du sens à l’activité économique, on entre dans la sphère personnelle des valeurs, des croyances, etc. L’activité professionnelle s’inscrit dans quelque chose de plus large, elle devient une écologie intégrale, à la fois environnementale, humaine et sociale, au service du bien commun. » 

Promouvoir des modèles alternatifs viables, vecteurs de changement

À l’heure du développement durable et de la RSE, des entreprises et des organismes pionniers apprennent à diriger, à acheter, à investir et à s’engager... autrement ! Loin des schémas de l’entreprise traditionnelle, l’économie est actuellement en pleine mutation, réinventant la façon de faire du business. Car créer une économie plus respectueuse des hommes, des femmes et de la planète, sera un facteur de croissance durable et de compétitivité. Si les initiatives des entreprises en matière de RSE restent modestes par leur taille et plutôt réservées, encore aujourd’hui, aux grandes entreprises, de bonnes pratiques émergent dans les PME et TPE et font bouger les lignes. Ce développement significatif est à encourager et c’est tout l’objectif de ce nouveau numéro de notre newsletter : promouvoir ces modèles alternatifs comme vecteurs de changement, raconter au plus près ces mutations économiques et sociales, mettre en lumière les bonnes pratiques qui contribuent à changer le monde, sont autant de missions que s’est fixées Act’rmc. Notre objectif ? Créer de la valeur en travaillant tous ensemble, agir sur toute la chaîne d’interaction. Car pour nous, une société de portage fait des fiches de paie et porte des consultants… mais pas que !